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Déodorants sur le banc des accusés

Une étude menée par le Pr André-Pascal Sappino montre des liens troublants entre les sels d’aluminium et le cancer du sein. Les investigations continuent.

«Jusqu’à preuve du contraire, je déconseille l’utilisation des déodorants contenant des sels d’aluminium!» La recommandation n’est pas faite à la légère. Elle résulte d’une étude menée par l’auteur de ces propos: le Pr André-Pascal Sappino, oncologue. Avec plusieurs collaborateurs de la Faculté de médecine de Genève, il a en effet pu démontrer pour la première fois la toxicité du chlorhydrate d’aluminium sur les cellules mammaires humaines. Un des principaux composants de neuf déodorants sur dix. Pour l’heure, la substance n’est pas considérée comme cancérigène au sens strict du terme. Mais, souligne le médecin, «nous tenons là un suspect sérieux». 

Le débat autour des déodorants fait rage depuis plus de 10 ans. Et de nombreux chercheurs se sont penchés sur les liens entre ces produits cosmétiques et le cancer du sein. Incriminant tant la présence d’agents conservateurs (parabènes) que les sels d’aluminium. Mais jusque là, il n’était jamais ressorti aucune évidence de toxicité. «Toutefois, ce qui demeurait troublant, c’est que plusieurs études démontraient que les sels d’aluminium traversaient la peau, passaient dans le sang, et qu’ils pouvaient s’accumuler dans les glandes mammaires.»

"Dans cette affaire, il y a une forte analogie avec l'amiante. Il a fallu 50 ans pour aboutir à son interdiction."

Des anomalies inquiétantes

Bref, de quoi titiller le Pr Sappino. En 2008, disposant d’un modèle validé de cellules in vitro (des cellules humaines provenant de glandes mammaires mises en culture) à l’Université de Genève, il se met au travail avec son équipe.  En exposant ces cellules à des doses infimes de sels d’aluminium, nous avons très rapidement observé des effets dramatiques, dit-il. Nous avons pu voir une succession d’anomalies, qui ressemblaient étrangement à celles se produisant dans les cellules en voie de transformation maligne.»

S’ensuit la deuxième étape. «Nous avons mis deux ans à consolider ces résultats, utilisant différentes sources d’aluminium et de cellules mammaires, ainsi que d’autres types de cellules. Les résultats étaient toujours semblables», souligne l’oncologue. Et d’ajouter: «Cet effet sur la prolifération cellulaire en présence de sels d’aluminium ne se produit que sur les cellules mammaires. Sur les autres types de cellules, il s’avère inoffensif.»

Une observation qui a de quoi inquiéter. Pourtant, la communauté médicale reste sceptique. Voire critique. Quant à l’Office fédéral de la santé publique, il continue à rejeter tout danger relatif aux déodorants. Toutefois, dans l’opinion publique, les choses commencent à bouger. Et de plus en plus de commerces mettent «La presse nous a beaucoup aidés, en relayant nos recherches, remarque le Pr André-Pascal Sappino. Dans cette affaire, il y a une forte analogie avec l’amiante. Il a fallu 50 ans pour aboutir à son interdiction. Je suis convaincu que les sels d’aluminium, contrairement à ce qui était jusqu’à présent admis, ont un effet toxique marqué et sélectif pour la glande mammaire, ce qui, à n’en pas douter, aboutira un jour à leur disparition.»

"Pour une fois qu'on a un suscpect, cela mérite qu'on s'y attache."

Alors certes, cette molécule n’explique pas à elle seule tous les cancers du sein. Et loin de là, la pensée du Pr Sappino. «Mais, redit-il, pour une fois que l’on a un suspect, cela mérite qu’on s’y attache.» D’autant que le nombre de cancers du sein a connu une forte progression au fil du temps. Par ailleurs, la majorité survient de nos jours dans les quadrants externes du sein, alors qu’il y a une cinquantaine d’années, ils étaient répartis de manière homogène dans l’ensemble de la glande mammaire, suggérant que l’application régulière de substances dans l’aisselle puisse avoir un effet délétère. 

En attendant, la croisade se poursuit. «Nos résultats in vitro doivent être maintenant confirmés chez l’animal. Tant que cela ne sera pas fait, la communauté scientifique ne considérera pas les sels d’aluminium comme dangereux pour l’être humain, même si nos observations sont, à mon avis, peu contestables du point de vue scientifique.»

Une alternative à trouver

Les sels d'aluminium sont utilisés dans les antitranspirants car ils réduisent le processus de transpiration en resserrant les pores de la peau et en limitant ainsi la sécrétion sudorale. Pour l’heure, il n’existe aucune substance de substitution ayant une telle efficacité. 

«Mais, estime le Pr André-Pascal Sappino, le jour où il y aura suffisamment de pression à l’encontre de cette substance, l’industrie commencera à chercher sérieusement une alternative. C’est un défi intéressant!»