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Les lipogreffes: une alternative aux prothèses mammaires

Spécialiste FMH en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, le Dr Pierre-Olivier Parvex effectue de plus en plus de reconstructions ou d’augmentations du sein en utilisant la propre graisse de ses patientes. Il nous explique les avantages et les limites de cette technique.

Tout d’abord, en quoi consiste une telle intervention?

En deux mots, il s’agit d’un transfert de tissus adipeux. On aspire la graisse dans une partie du corps, par exemple l’abdomen, les flancs ou la «culotte de cheval » par de minuscules incisions, puis on la réinjecte dans le sein. 

Quel est l’intérêt de cette méthode? 

Ils sont nombreux et de différents types. Tout d’abord, la reconstruction ou l’augmentation de la taille du sein ne fait plus intervenir de corps étranger : il n’y a plus besoin de mettre de prothèse. Le sein a une consistance et une mobilité naturelles. D’autre part, avec le transfert de graisse, on corrige deux problèmes en même temps: celui de la silhouette, en éliminant une culotte de cheval ou un volume disgracieux à l’intérieur des cuisses, et celui de la poitrine que l’on va remodeler ou reconstruire. Par ailleurs, il s’agit d’une solution durable, puisque les microgreffes vont vivre et vieillir avec la patiente.

Est-ce une alternative aux prothèses mammaires pour toutes les femmes?

Non, et pour plusieurs raisons. Premièrement, et c’est une limite importante, il n’est pas toujours possible de prélever une quantité suffisante de lipogreffes. Pour reconstruire un sein de taille moyenne (400 à 500 ml, soit un bonnet B-C), par exemple dans le cas d’une reconstruction après une mastectomie, il faut prélever environ 1000 ml de graisse, sachant qu’on va perdre 30% du volume au moment de la lipoaspiration par centrifugation, puis à nouveau 30% dans les trois à quatre mois suivant l’intervention. Mais ensuite, le résultat sera stable, ou plutôt variera de la même manière que le poids de la patiente.

Y a-t-il d’autres restrictions?

Effectivement. Dans 17% des cas, ces micro-greffes peuvent entraîner la formation de microcalcifications. Or, lors d’une mammographie, c’est justement la présence de petites calcifications qui peut signaler la présence d’un cancer. Toutefois ces deux microcalcifications sont différentes et les radiologues habitués à faire les mammographies savent faire la différence. On demande donc, avant d’envisager un lipotransfert, qu’un radiologue fasse un bilan radiologique du sein (mammographie et ultrason ou IRM) pour s’assurer qu’il n’y ait aucune zone suspecte. Puis, que ce même radiologue réalise un bilan, un an plus tard, pour répertorier l’éventuelle apparition de microcalcifications. En cas de doute, les investigations habituelles doivent être réalisées et, par la suite, la patiente continuera à faire ses contrôles habituels.

En résumé, vu le nombre d’avantages, les transferts de greffes graisseuses semblent appelés à se développer

Sans doute. Mais, il y a plusieurs freins à cette évolution : premièrement, du point de vue pratique, il n’est pas toujours possible de réaliser une reconstruction ou une augmentation mammaire en un seul temps et il faut parfois la réaliser en deux voire trois interventions, en l’espace de quelques mois. Ceci peut donc également avoir un impact sur le coût. 

D’autre part, la complexité technique de cette intervention, qui paraît simple à première vue, rend indispensable qu’elle soit pratiquée par un chirurgien spécialisé en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. Une intervention pratiquée dans des conditions inadéquates peut ruiner un résultat (par une infection, une nécrose des tissus, de volumineux kystes douloureux). 

Enfin, il reste cette réticence à utiliser des lipogreffes en cas de cancer du sein ou de risque majeur de cancer du sein, pour lesquelles des études sont en cours. Si leur innocuité est démontrée, ce qui devrait l’être dans relativement peu de temps, c’est toute la reconstruction partielle après tumorectomie qui pourra être réalisée de cette manière (symétrisation par rapport au côté controlatéral, correction de défauts mineurs, amélioration du décolleté, etc.)

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